Il y a quelques temps, les petits clous vivaient dans la grande ville, petit couple normal : un enfant, deux adultes, un chien, dans un deux pièces du 15ieme arrondissement de Paris. Rien à redire à cela, petit couple de français moyens, ou à peine supérieurs à la moyenne…
Les ptits clous, ils étaient heureux dans leur petite boîte à clous. La gardienne les aimait bien, les amis venaient les voir, les ptits clous sortaient parfois, dans leur restaurant favori, faire du shopping, ou boire un verre chez des amis, la baby-sitter habitant au dessus d’eux… Rien à redire, la vie était belle pour les ptits clous dans la grande ville
Mais un jour, les ptits clous ont eu envie de s’agrandir, d’avoir plus d’espace, tant pour eux que pour la ptite ptite clou, qui méritait bien sa propre chambre Sous-jacente à cette idée était celle, propre à ma petite femme, d’agrandir aussi la famille, et vous savez aussi bien que moi que « ce que femme veut, Dieu le veut »…
Les ptits clous ont donc commencé à chercher où trouver des mètres carrés, mais malgré toutes leurs recherches, ils n’ont pas trouvé de magasin qui en vende, et même sur eBay (publicité gratuite), aucun vendeur de ce genre de bien ne s’est trouvé… Si vous ne me croyez pas, allez donc faire votre recherche…
Fort de ce constat, les ptits clous ont donc pensé devenir… banlieusards… Autour d’eux, ça a été une révolution :
- la famille : « mais vous n’allez pas vous enterrer loin de la civilisation »
- les amis : « mais on ne vous verra plus »
- les collègues de boulot : « mais ca va être la galère pour venir à Issy (lieu de l’atelier du grand clou)
Après quelques recherches, vite réduites car proportionnelles au budget des ptits clous, le choix les a conduit, la chance aussi, dans le Hurepoix. Des ptits clous dans le Hurepoix, c’est moins étonnant que des os dans une banane, du mimosa en Antarctique ou des cerises en Alaska, mais ça en a choqué plus d’un. Pourtant, il faut bien le reconnaître, la nouvelle boîte à clous avait des avantages. Des avantages, certes, mais des inconvénients aussi, j’en ferai la liste ultérieurement.
Et malgré les réactions sus mentionnées de l’entourage des ptits clous, on ne s’est pas enterré loin de la civilisation (on a une voiture pour aller dans la grande ville, et y’a pas mal de choses, n’en déplaise aux gens de la grande ville, qu’on ne trouve pas dans ladite grande ville), certains amis ont continué à venir ici, on est allé en voir d’autres dans la grande ville aussi, et le chef des clous a changé d’atelier, augmentant certes la distance entre la boîte à clous et l’atelier d’un facteur 4, mais diminuant le temps d’accès d’un facteur 2. De plus, la nouvelle boîte à clous était nettement plus grande que l’ancienne, tout le monde y trouvait son compte.
Puis est venu le moment où le propriétaire de la boîte à clous a signalé aux ptits clous qu’il ne voulait plus d’eux, et qu’il serait bon qu’ils se trouvent une autre boîte. Mais ça, je vous l’ai déjà raconté.
Même si le chef des clous ne connait pas la crise (heureux clou…), le prix des boîtes (à clous ou à qui qui n’en veut…) n’a pas tant baissé que ça, bien au contraire, dans la banlieue et après quelques recherches, les ptits clous ont vite compris que s’ils voulaient profiter de l’occasion pour agrandir encore la boîte à clous, il faudrait encore plus s’éloigner… Dont acte, les ptits clous ont commencé à étendre leurs recherches au Sud du Hurepoix. Normal, ledit Hurepoix leur plaisait bien, et présentait de nombreux avantages….
« Hélas, hélas, hélas et quatre fois hélas »* le Hurepoix, même s’il est vaste, ne connait pas la crise, enfin pas la crise de l’immobilier, et les tarifs des boîtes à tout ce qu’on veut sont tels que malgré la nouvelle situation du grand clou, et le confort matériel qui en résulte, en augmentant le budget de 25%, on n’augmentait pas la surface de plus de 10 mètres carrés, mais en s’éloignant au fin fond de l’Essonne, et là, ça sonne pas bien du tout… Pensez donc, on m’a proposé d’aller planter mes clous dans un village charmant, du nom de Les-Granges-le-Roi… Cherchez pas, ça se trouve là. Bon, c’est peut-être charmant, mais alors là, question isolement… Pour se rendre dans la grande ville, c’est au bas mot 15 minutes jusque Dourdan, puis 65 de RER (quand il circule normalement…) !
Après réflexion, les ptits clous ont donc décidé une plus grande migration, et de quitter la banlieue, aussi lointaine fut-elle, pour devenir… provinciaux… mais ça, vous le savez aussi, bien sûr ! De par le nouveau boulot du grand clou, n’importe quel endroit aurait pu devenir le lieu d’hébergement de la boîte à clous, mais on a compromisé en choisissant Chartres plutôt qu’Ajaccio ou Toulouse. Parmi les nombreux avantages de cette solution, citons : une ville de taille honorable où, si la femme au grand clou ne trouve pas tout ce qu’elle désirerait en termes de lieux de débauche commerciale, il y a plus de choix qu’aux Granges-le-roi, et où nous ne sommes qu’à une heure en train de Paris…
Quand on a annoncé à notre entourage (le même que celui qui avait déjà réagi « violemment » à notre départ pour le Hurepoix) qu’on refaisait nos cartons pour la Beauce, les réactions ont été plus partagées :
- la famille du grand clou : « C’est une belle ville, et ça ne changera pas la distance pour venir vous voir »
- la famille de la (pas si) grande clou : « mais on ne vous verra plus »
- les amis : « bon j’espère qu’il y a une chambre d’amis car on ne viendra pas pour prendre un café »
- les collègues de boulot : « mais ça va te faire une sacrée trotte pour venir faire tes revues »
- d’autres personnes, dont le pédiatre des enfants : « mais vous allez être au milieu des vaches »…
- Et de très rares : « vous faites un excellent choix, si je pouvais, je ferais le même »…
A cela je réponds à mes parents qu’en effet ça ne change rien pour eux, à mes beaux parents qu’on n’a pas dû les voir plus de quatre fois ici en presque deux ans, aux amis qu’il y a, en effet, une chambre d’amis qui les attend, aux collègues de boulot que de toutes façons je ne suis plus en charge de la France, et que s’il m’arrive encore de faire des revues, c’est pour d’autres pays, et tout au téléphone, donc le lieu où je suis importe peu et qu’en trois semaines je suis allé 2 fois au bureau, ce qui est beaucoup… Quant aux autres qui nous parlent de vaches comme nouveaux voisins, cela me rappelle un peu l’image que nous avions quand, il y a longtemps, (et quand je dis longtemps, je parle d’un temps que les moins de 20 ans (ceux de 30 non plus d’ailleurs…) ne peuvent pas connaître…) le grand clou que je suis, qui n’était alors que petite semence, a quitté ses Yvelines (presque) natales pour aller s’installer en Auvergne, à Chamalières très exactement : l’image que la famille clouclou avait de ce lieu était le village avec au milieu la fontaine à laquelle les vaches venaient s’abreuver le soir, en rentrant de la pâture… Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir qu’il y avait l’eau courante et l’électricité à Cham’, et même la télévision couleur et que les seules vaches qu’on pouvait voir taient celles envers qui, peu de temps auparavant, on criait « mort aux vaches »… Ben Chartres, c’est tout pareil : d’une part, nous serons en centre ville, d’autre part, dans la Beauce, y’a tout de même nettement plus de céréales que de bovins, et enfin, ici, dans le Hurepoix, les vaches sont nettement moins loin qu’elles ne pourraient l’être de notre future boîte à clous, on en voit à à peine un petit kilomètre, juste à la sortie du village…
Tout ça pour dire que les gens d’ici, ou plus exactement les gens de là, de la grande ville, on se demande parfois à quoi ils pensent…
* : Pierre Vierge, in « la mort d’Achille ». Cherchez pas, vous le trouverez pas à la Fnac, même si il a été édité à son époque et à compte d’auteur pour cette oeuvre, c’est mon grand oncle. Mais il a des écrits plus sérieux que celui là…
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