31.8.09

Adieu l’ami…

Il y a des nouvelles qui font plaisir, des nouvelles qui laissent indifférent, et d'autres qui font de la peine.

Comme tous les matins j’allume mon PC, et je regarde mon courrier. Il faut dire que je reçois beaucoup plus de courrier électronique que de courrier papier, tant mieux, c’est mieux pour la forêt . Et j’imagine la tronche de mon facteur s’il me déposait des lettres aussi intéressantes que les mails que je reçois, tels que « doublez la taille de votre… », « vous avez gagné 10.000.000 $ », ou « machinette vous trouve craquant et vous veut »… Ca a des avantages, finalement le net, même si le facteur doit s’ennuyer un peu plus. Sauf bien sur quand il tombe sur des gens comme mon beau père, qui a une certaine époque faisait tout pur trouver la carte postale la pire a envoyer à un de ses amis, juste pour le plaisir de faire réagir la concierge ou le facteur

Ce matin, pas trop de courrier, à peine 60 mails dans mes messageries perso, et pas plus de 40 dans la messagerie pro, une bonne moyenne pour un WE je trouve. Nettoyage vite fait, il reste dixmails pro, et un mail perso qui méritent de s’y arrêter.

Je ne vais pas épiloguer sur les mails pro, ca ne vous apporterait pas à grand-chose qu’Ewa me colle un call a 18h ce soir, qu’on ne sait pas quel est le rôle de Santa-Cruz ou que le rapport d’activité de la semaine passée ne peut être sorti car le système est HS.

Mais dans les mails perso, il y en a un qui m’a touché plus que tout, et qui hélas n’est pas dans la catégorie qui fait plaisir.

Il ya longtemps, très longtemps, quand j’ai quitté l’Irlande, je suis venu passer des entretiens à Paris. Même si j’étais déjà interne, ils n’allaient pas m’ouvrir les bras et m’accueillir comme la huitième merveille du monde, bien au contraire. Et même si je n’ai passé que cinq entretiens, cela a été on ne peut plus sérieux. Mes futurs patrons de l’époque étaient tellement bien organisés que pour ces entretiens, qu’il aurait été préférable de regrouper en une journée (ben oui, les déplacements étaient à mes frais, et Dublin-Paris, ca douille quand on est payé 1500€ net par mois), j’ai du venir deux fois. La première fois, trois entretiens avec l’équipe opérationnelle, la deuxième fois, deux avec l’équipe managériale. J’étais tout en bas de l’échelle, donc je comprends mieux comment, à certains niveaux juste au dessus, à la même période, certains ont passé 9 entretiens…

A l’issue de la seconde vague d’entretiens, alors que je repartais avec une offre de contrat en poche, je suis allé dire bonjour à mon ex chef, qui avait déjà migré sur Paris. Je l’appelle à la réception, il passe me chercher, et me conduit au travers d’un véritable labyrinthe à son bureau. Celles et ceux qui ont fréquenté l’Amiral se souviendront peut être qu’il était en perpétuels travaux et que quand on n’y était pas habitué, on se perdait facilement. Ces même personnes se souviendront sans doute aussi du show room et de la terrasse du huitième, c’était cool la vie …

Mais revenons à nos ovins et à chef Eric : il me conduit donc à son bureau, et me présente son collègue, bidouilleur de bases de données. Je trouve le mec entouré d’écrans, la clope au bec (ben oui, on pouvait encore fumer dans les bureaux, à cette époque…) et comme moi je nage sur mon petit nuage, je ne l’imprime pas pus que ca, ne comprenant même pas son prénom, retenant juste son rire et son accent.

Quelques mois plus tard, alors que je me trouve à la cafet’ en train de fumer ma clope (ben oui, si on ne fumait plus dans les bureaux, on pouvait encore fumer dans une cafet’, même si celle-ci se trouvait au sous-sol du bâtiment…) je commence à discuter avec un type, qui avait une de ces bananes au milieu du visage, chose relativement rare en cette période (tiens, je pourrais dire la même chose encore aujourd’hui…) Je discute, il discute, on discute, et après quelques instants, il nous revient à l’esprit que nous nous sommes déjà parlé, ne fut-ce que brièvement… Il s’agit en effet, du collègue de mon ex chef Eric, qui me donne son prénom, son origine expliquant l’accent, et presque tout son CV, que je ne vais pas résumer ici.
Il s’agissait donc de Vélimir, brin de soleil yougoslave qui a permis à tout un groupe de personnes autour de lui de supporter moult tracas et angoisses, par ses sourires, ses remarques, son humour. Toujours décalé, ne se prenant jamais au sérieux, mais extrêmement grand professionnel, il avait une culture et un savoir que peu de personnes en ce bas monde peuvent se vanter d’avoir. Exemple de ses frasques et titillations quotidiennes : se promener avec une cravate Club au recto, et alignant des filles plus que dévêtues et ne faisant pas de la couture au verso. Lui seul le savait, ainsi que quelques rares initiés dont je faisais partie. Ou autre cravate, portant assez clairement les insignes de sa loge… Mais tout en arborant fièrement ses valeurs et différences, il pouvait parler histoire ou philosophie avec qui il voulait, sans être en zone d’inconfort.

Après un nième plan social, Vélimir a décidé d’en profiter pour aller voir ailleurs quel temps il faisait ; Et avec madame, qui était en mutation, ils ont décidé d’aller faire un petit tour à Casa. C’est à ce moment qu’on a commencé à perdre contact, pour une raison d’abord matérielle, puis personnelle : Il a cassé son disque dur, et perdu tous ses contacts. A forces de recherches, j’ai finalement retrouvé sa trace, et nous avons pu brièvement reprendre nos discussions. Il n’avait pas voulu nous recontacter par mail en se disant que si on ne le faisait pas, c’était peut être qu’on ne souhaitait pas lui parler, ou qu’on avait d’autres chats plus importants à fouetter…

Hélas, Vélimir était quelqu’un qui, s’il était toujours là pour vous écouter et vous conseiller, sans vous juger d’aucune façon, ne se livrait jamais, et cachait derrière son sourire tout ce qu’il pouvait ressentir et vivre, qui ne soit pas positif… Ainsi, lorsque la maladie l’a atteint, il n’a pas voulu nous en parler, ne souhaitant pas que, par compassion nous le plaignions et que son état nous attriste… La maladie a finalement été la plus forte, et même si on insiste fortement, on n’aura plus de nouvelles de lui avant un bon bout de temps…

Aujourd’hui donc, il reste les souvenirs, son sourire et sa musique : il composait beaucoup, étant pianiste de formation, grand amateur de jazz, mais pas uniquement. Si cela vous dit, vous pouvez toujours aller voir ici , il y a quelques échantillons de son œuvre

Adieu Monsieur Peric, tu nous manqueras, et je suis sur que, quelque soit l’endroit ou tu te trouves, tu continues à faire rire et à charmer tes compagnons comme tu as si bien su le faire avec nous qui te regretterons longtemps…

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