Y’a parfois pas besoin de fumer de la paille de la fille du coupeur de joint pour ne plus trop savoir ce qu’on fait, j’en ai encore eu la preuve ces-jours ci, et je l’avoue, c’est assez déstabilisant… Bon, j’y étais préparé, mais tout de même, ça fait étrange….
Non c’est vrai, entendre que mon père parle à sa femme depuis derrière un grillage, qui monte et descend (en fait je ne sais toujours pas qui monte, monte, monte, monte, puis descend, descend, descend, descend, s’il s’agit du grillage ou de mon père…) en faisant les yeux durs à son épouse, après avoir eu le même genre de malaise qu’elle au point qu’il sera hospitalisé le lendemain, que je ne suis pas moi-même mais mon beau-frère, que la mère de ma fille n’est pas ma femme, mais ma sœur, ça déstabilise, non ? Bon d’accord, sur ce dernier point, j’avoue qu’il y a une certaine logique : étant mon beau-frère (pas le frère de ma femme, mais le mari de ma sœur, je précise) il est normal que ma femme ne soit pas celle de son beau-frère, mais la sienne, non ? Et la sienne n’étant pas la mienne, tout cela est très logique… Que se passe-t-il de plus dans la tête de madame ma mère ? Oh, plein de choses, figurez vous qu’elle a plein de visiteurs, des gens qu’elle connait, ou qu’elle ne connait pas, qui lui tiennent compagnie jusqu'à point d’heure, parlant de tout et de rien, de son passé, commentant les photos de ses petits-enfants que que ses enfants lui ont envoyées pour lui tenir compagnie (je ne vais pas recommencer sur quels petits enfants de quels enfants, mais là aussi, faut suivre…) mais en revanche ne lui donnant pas les résultats du prochain loto …
OK, je craignais que quelque chose de similaire se produise, car lors de son pontage, mon père a traversé la même passe, mais lui on a compris pourquoi : il avait été sous morphine, et n’ayant JAMAIS pris aucun antalgique ou autre remède, vue la dose reçue et l’impact de l’anesthésie pour un triple pontage, c'est-à-dire pas quelques minutes, il a sur-réagi, cela n’avait rien de surprenant, on aurait du le savoir voyons, enfin si les médecins nous en avait parlé AVANT, pas après, longtemps après… Aujourd’hui on en rit, mais j’avoue que ça a été encore plus déstabilisant, car par exemple, je me souviens que quand je suis allé le voir, il m’a demandé de vérifier ce que sentait le gaz qui était expulsé toutes les 7’23" par les bouches d’aération, ça le perturbait pas mal… De même, il partageait son lit avec un japonais, avec qui il avait de grandes conversations, et il trouvait tout de même que ce japonais était gonflé, de prendre tant de place dans le lit (d’hôpital, je le rappelle…) surtout qu’il n’était pas bien épais… Enfin, ce n’était pas grave s’il allait mourir, car sa femme était morte, on avait flingué son fils (moi –même si vous êtes un peu perdu) et le chien de celui-ci, donc il n’avait plus rien à faire sur terre…
Grâce à cette première expérience, on pensait en effet que ma mère, qui passait sur le billard pour une opération beaucoup plus bénigne, avec une anesthésie tout aussi générale, mais beaucoup plus légère, risquait de nous refaire la grande scène du deux, donc on va dire que ce ne fut pas une totale surprise…
Là où on est un peu plus perplexe, c’est quand on constate que son imagination s’est lâchée… avant l’opération, donc, vous l’aurez compris, avant l’anesthésie… S’agit-il d’une réaction à l’un des remèdes qu’on lui file dans sa shooteuse, enfin via la perf’, ou d’une réaction de stress ( je sais bien qu’à part le personnel hospitalier personne d’autre n’aime entrer dans une salle d’op’, mais de là à entrer dans le bâtiment même de l’hôpital à reculons, y’a un sacrément grand pas, que ma mère franchit pourtant sans hésiter, et ne supporte pas les hôpitaux déjà en tant que visiteuse, donc en tant que patiente, je vous laisse à imaginer le résultat), personne ne le sait, mais on enb affronte les conséquences…
L’opération en elle s’est bien passée, les suites postopératoires sont parfaites, donc s’il n’avait ce petit, si petit problème, je pense qu’ils la laisseraient partir dès aujourd’hui… Mais là ils s’interrogent, et cela fait plaisir de voir que y’a pas que nous qui somme déstabilisés par ça. Et le pire est que je ne sais plus, quand je lui parle, si ce qu’elle dit est dans un phase « sensée » ou non, ca limite fortement la conversation… J’espère juste que mon père va tenir le coup, car je me souviens trop de l’impact que dans la situation inverse cela a eu sur son épouse… M’enfin bon, si besoin, ce sera direction l’Auvergne, non pour prendre soin de maman, mais de papa, et lui permettre de souffler un peu. En tout cas, une chose est claire : celui qui me dit qu’il sait ce qui se passe au plus profond du labyrinthe cervellistique de l’Homme, je lui tire mon chapeau tout en n’oubliant pas de penser, dans ma Ford intérieure, modèle T de 1917, que c’est un fieffé menteur…
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