28.1.10

Un taxi pour… Sofia – suite et fin

Bon, me voici en attente devant l’avion qui vient d’atterrir à l’aéroport de Sofia et va me ramener à Paris, et je tiens à minimiser l’impact négatif que je pourrais avoir laissé transparaître dans ma vision des chauffeurs de taxis de la ville de la sagesse universelle !

Ce matin, peu de travail avec l’équipe, car j’avais prévu d’aller faire un tour dans Sofia, non pas pour jouer au touriste, mais pour trouver un petit truc à rapporter à chacun des membres de la famille (oups, désolé Velvet, je n’ai rien trouvé pour toi…).

Avant de partir du bureau, j’avais un « débriefing » avec l’équipe, afin de pouvoir optimiser mon prochain déplacement auprès d’eux, dans quelques mois, difficilement avant, tant pour des raisons personnelles que professionnelles. On a donc discuté un moment de leurs attentes avant ma venue, de leur satisfaction (ou frustration) à ma venue, au contenu de ce que je leur ai présenté, quant aux discussions que nous avons eues, and so on. Je ne peux savoir ce qu’ils ont au fond de leur moi intérieur, mais je pense qu’ils sont aussi satisfaits que moi de ces deux jours. Le seul petit bémol que je peux mettre est lié au fait que la prochaine fois il faudra prévoir au moins trois jours pleins… Oui je sais, Mape, je n’ai pas le droit de te laisser seule avec les enfants pendant une semaine, il te faudra donc m’accompagner, et confier la boîte à clous aux grands parents, qu’ils soient clous ou baguette…c’est la seule solution…

A l’issue de ce débriefing, appel à la société de taxi qui va bien, celle qui est « à peu près » clean avec ses passagers, qui répond : « chauffeur en attente dans une minute » … Et en effet, le temps que je descende, il était en bas, moteur tournant, prêt à me déposer à destination. La destination était fort simple, il s’agissait de l’Hôtel Bulgaria (nom original dans la capitale de Bulgarie, je ne vous le fais pas dire), où j’avais rendez-vous avec Ani afin que nous fassions un peu de shopping dans le but de satisfaire les petits clous, comme je viens de le dire. Trajet impeccable, pas un mot échangé avec le chauffeur, qui me laisse exactement là où je dois me rendre, à savoir au pied du bureau ou Ani travaille, en un temps plus que raisonnable, et pour seulement 8 leva, toujours arrondi au lef supérieur… Petite balade à la recherche des bons magasins avec Ani, qui se plaint du froid alors que j’apprécie énormément celui-ci, puis passage pas loin de l’église russe, de Sophie, puis de la Cathédrale Alexander Nevski avant de retourner prendre mon ultime taxi bulgare.

Ce dernier taxi a tendance à me faire oublier tous les autres tant le trajet est plaisant : je tombe sur un chauffeur de 45 ans, divorcé, qui s’exprime dans un anglais plus que satisfaisant, et peut même me dire, quand il apprend que je viens de pris, non pas « voulez-vous coucher avec moi ce soir » ou « Alouette gentille alouette », mais « cherchez la femme », chose qui ne manque pas de pas de me surprendre, quand on sait d’où provient cette phrase (allez, je vais pas tout vous dire, cherchez vous-même…) qui a une fille de bientôt 18 ans qui parle parfaitement bien espagnol et anglais et dont la majorité en Octobre prochain va lui permettre de quitter sa mère, afin d’aller au soleil, là où les gens sourient, alors qu’à Sofia ils font tous la gueule se plaignant qu’ils n’ont pas d’argent, pas de boulot, pas d’avenir, mais qui ne font rien pour tenter de changer la situation préférant rester avachis dans leur canapé à regarder la télé réalité, qui a divorcé récemment, a retrouvé la liberté après 20 ans de mariage, a des photos de lui jeune marié, dix ans après, juste avant le divorce et juste après pour appuyer ses propos, qui m’a félicité et plaint pour avoir trois enfants, m’a traité de fou et d’inconscient pour avoir créé si tard tant de liens alors que j’avais eu la chance de ne pas me faire enchainer jusque là, m’a dit que sa ville était démoralisante car les gens se plaignent trop et oublient de ou ne veulent pas sourire, alors qu’un sourire c’est gratuit et que si six milliards d’individus sur terre se mettaient à sourire cette planète serait un super endroit où vivre surtout si on arrêtait de la polluer et si nos dirigeants arrêtaient de se moquer de nous en voulant nous faire croire qu’ils prennent à cœur le dossier « environnement », que Sofia est un lieu exotique aux yeux des européens de l’ouest, mais qu’il ne faut pas s’arrêter à Sofia, qu’il faut aller voir au delà des murs de la ville, admirer, savourer et tenter de comprendre les monastères de l’intérieur du pays, qu’il est impossible qu’il n’y ait pas d’argent dans un pays où on trouve de tels monastères, tants d’eaux minérales, et des plages aussi superbes, que certainement depuis vingt ans l’argent ne va plus au Parti mais à d’autres apparatchiks, et que dans le fond ça n’a pas tant changé, que les routes ne sont pas faites pour qu’un taxi de 2000 kilos se promène dessus, que les filles bulgares sont pires que la bombe atomique et explosent pour un rien mais présentent la séduction de l’interdit même si on se sent mieux sans elles puis qui a fini en me souhaitant du bonheur dans les affaires et de la sérénité dans la famille…

J’ai fait exprès de ne pas mettre de point dans cette phrase pour vous permettre d’imaginer le débit de cet homme et le plaisir qu’il m’a donné, dans ces échanges qui n’étaient pas uniquement à sens unique, même si le paragraphe précédent pourrait le laisser croire. En plus il faisait des pauses dans ses propos, puisque de temps en temps il montait le son de l’autoradio pour s’éclater en solo sur son siège en disant que la musique vaut mieux que les femmes, et en touchant en disant cela son icône de la Sainte Vierge qui pendait à son rétroviseur,

Non franchement monsieur le chauffeur, je vous dis merci, car si je n’ai pas changé d’avis sur l’état des routes, je ne repars pas en ayant une vision aussi négative de votre profession…

Et je tiens à rassurer tout le monde, ce séjour a été, bien que fatigant en raison du peu de temps libre que je me suis octroyé, des plus satisfaisants : j’ai retrouvé des amis trop rarement vus, j’ai pu renforcer les liens avec mon équipe, leur passer plein de messages et leur enlever des inquiétudes, j’ai mis les pieds en Bulgarie et je ne suis pas du tout contre y revenir, je suis pleinement content de ce séjour.

Et vu comment les bulgares conduisent et ma faible compréhension au premier coup d’œil des panneaux indicateurs, je pense que malgré mon idée première de louer un véhicule, tant cette fois ci que la prochaine fois que je me rends sur place, je vais continuer à utiliser les taxis…

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