25.1.11

Un ptit beurre des...

Quand on est petit, et qu’on pense a ses parents, on a toujours une image comme ci ou comme ça, faite de ressentis, d’impressions, de souvenirs, d’événements, , de phrases, enfin faite de tout un tas de petites choses.

De mes parents, mes souvenirs de petite enfance sont nombreux, mais l’image que j’ai d’eux, c’est papa en smoking et maman en robe du soir, se préparant pour une de leurs nombreuses sorties. Dans ma prime enfance en effet, de part le métier de papa, il ne se passait pas une semaine sans qu’il soit invité ici ou là.

Mais à part cette image, et la disponibilité de son chauffeur, qu’il « prêtait » à maman lorsqu’il n’avait pas à bouger de son bureau, ce n’est pas la chose que je retiendrai de mon père. Bon c’est vrai, jusqu’à mes 8 ans environ, je ne le connaissais pas, car tant qu’on était parisiens, il partait le matin nous dormions encore, rentrait le soir, nous dormions déjà, et ce au moins 6 jours par semaine, enfin 5.5 si je me souviens bien : il réussissait à ne pas travailler le samedi après midi… Et à cette époque, contrairement à maintenant, on ne pouvait pas trop travailler à domicile, des boulots comme le mien, c’était purement inimaginable.

Ce que je retiendrai de papa, ce sont quelques anecdotes, telles que :

- Un jour, lors d’une réception à la maison, pour un barbecue si je me souviens bien, enfin pour un repas de midi, je me suis précipité sur le patron de Eurodif (non, Mape, pas l’Eurodif que tu apprécies tant, l’autre, celui de Tricastin, dont le nom entier est « European Gaseous Diffusion Uranium Enrichissement Consortium », en l’appelant « papa » et en le tirant par sa veste, tout simplement parce que papa avait une veste semblable, et je n‘avais pas une image très arrêtée de mon paternel. Pourtant, en termes de ressemblance, la veste était le seul point commun. En effet, le futur patron de Renault devait faire 15 bons centimètres de moins que mon père, et pas mal de kilos en plus… C’est sans doute pour ça que ça en a fait une cible facile pour Action Directe…

- Une autre fois, lors d’une discussion avec un de ses chers camarades (non, il était pas membre du PCF, mais juste polytechnicien…) au sujet du patron de PSA, je les entends dire :

o Le cher camarade : « il a quoi comme formation, Calvet ? »

o papa : « oh, rien, une licence en droit

Bon pour vous, comme ça, ça ne veut rien dire, mais moi à l’époque je préparais mon DEUG dans la même matière, et entendre dire qu’une licence, c’est rien, ça veut dire que je me préparais à moins que rien, ce qui est motivant pour un étudiant, même si moins que rien c’est pas rien, comme vous le démontrera Raymond Devos à l’issue de mes propos. Et pour info, le mec qui n’a rien comme diplôme, en plus de son rien, a aligné Science Po et l’ENA, ça peut être ce n’est pas rien, mais quelque chose…

- La troisième anecdote que je retiendrais concerne un déjeuner des anciens de son lycée, dans les Ardennes. Ce jour là, j’étais venu avec mes parents, car on s’offrait un petit périple Suisse-Allemagne-Ardennes avant de rentrer dans le grand plateau de fromage, et j’ai assisté à une scène d’anthologie : du même lycée que papa est issu un de nos grands scientifiques français, au look correspondant au nom, Pierre Bacchus. Cet individu, avec sa grand barbe blanche et ses cheveux à la Einstein, était un chercheur multi-compétent et pluridisciplinaire, puisqu’il cumulait des diplômes en Physique, Chimie, Mathématiques, Mécanique Rationnelle et Astronomie ... Il a toujours admiré papa de par son admission 1er à Normale, alors que lui n’avait eu que la 2nde place, mais l’année d’avant, regrettant juste le manque d’originalité de mon père, de folie pourrait on dire, qui en aurait fait un chercheur hors paire. Ce jour là, il s’adresse à mon père avant même l’apéro, et lui dit « savais tu qu’on peut donner à un tapis roulant un mouvement rectiligne uniforme en remplaçant les axes de roulement par des œufs quel que soit leur positionnement ? » Mon père le regarde quelques instants, sort son critérium de sa poche, et commence à griffonner moult formules sur la nappe en papier qui protège la table. De tout le repas, personne ne l’a entendu, et peu avant le café, il a relevé la tête, s’est tourné vers Bacchus, et lui a dit « ah oui en effet, car … » (désolé je ne suis pas scientifique, je ne peux retranscrire ça…). Bacchus m’a regardé, et m’a dit qu’il lui avait fallu 3 jours de calculs pour arriver à ce même résultat… Bon, ne me demandez pas l’intérêt d’une telle réflexion, je suis dans l’impossibilité de vous répondre, mais eux, ça leur plaisait…

Tout ça pour dire que papa et les sciences, les mathématiques, devrais-je dire, c’était une très longue histoire d’amour. Dès qu’il avait un moment de temps libre, il comptait. Bon, pas 1,2,3,4 mais il faisait des multiplications. Pas 2*2 non plus, mais des multiplications sur papier, de nombres de 17 chiffres par d’autres de 19… J’ai donc toujours associé papa aux nombres. Quand j’étais petit, le challenge, c’était « des chiffres et des lettres », pas pour les lettres bien sur, mais pour les chiffres, et ma grande fierté, c’était d’arriver au résultat, jamais avant lui bien sur, mais au moins avant la fin du temps réglementaire.

Ayant toujours associé papa aux nombres, j’ai toujours voulu atteindre un ratio qui me bottait : quand j’avais un an, papa était 45 fois plus vieux que moi, quand j’en ai eu deux, il n’était plus que 23 fois plus vieux que moi, à quatre ans, on n’était plus qu’à un rapport 12, à onze ans, on arrivait à 5, ce qui nous donne logiquement un rapport 3 lorsque j’ai eu 22 ans, et le prochain nombre rond aurait été cette année, puisqu’on atteignait le comparatio de 2 : il aurait eu 88 ans cette année, il parait que je vais en avoir 44 (n’en croyez rien, ça se saurait si j’étais aussi vieux…). Mais bon, il n’a pas voulu me faire ce petit plaisir. Tans pis, c’est pas grave, je sais bien qu’il l’entend, donc

Bon anniversaire papa...


Raymon Devos : Parler pour ne rien dire
« Mesdames et messieurs ... Je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire.
Oh ! je sais ! Vous pensez : "S'il n'a rien à dire ... il ferait mieux de se taire !"
Evidemment ! Mais c'est trop facile ! ... c'est trop facile !
Vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n'ont rien à dire et qui le gardent pour eux ?
Eh bien non ! Mesdames et messieurs, moi, lorsque je n'ai rien à dire, je veux qu'on le sache ! Je veux en faire profiter les autres !
Et si, vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n'avez à rien dire, eh bien, on en parle, on en discute, je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais, me direz-vous, si on en parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler ?
Eh bien, de rien ! De rien !
Car rien ... ce n'est pas rien.
La preuve c'est qu'on peut le soustraire.
Exemple : Rien moins rien égal moins que rien !
Si l'on peut trouver moins que rien c'est que rien vaut déjà quelque chose !
On peut acheter quelque chose avec rien !
En le multipliant Une fois rien ... c'est rien
Deux fois rien ... c'est pas beaucoup !
Mais trois fois rien ! ... Pour trois fois rien on peut déjà acheter quelque chose ! ... Et pour pas cher !
Maintenant si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien :
Rien multiplié par rien = rien.
Trois multiplié par trois = neuf.
Cela fait rien de neuf !
Oui ... ce n'est pas la peine d'en parler ! … »

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