En effet, toute ma prime jeunesse, on ne peut pas dire que j’ai été un enfant classique, puisque je passais mon temps à lire en écoutant de la musique. Non, pas à lire des BD en écoutant le dernier 45tours des Kinks ou de Derek & the Dominos, mais à plonger avec délectation dans Hugo, ou à rêver avec Rabelais, le tout en ayant dans les oreilles le « Deutsches Requiem » de Brahms ou le Concerto « l’Empereur » de Beethoven. Malgré ce qu’en pensent pas mal de jeunes, la génération spontanée n’existe pas, et on est le fruit de ses parents. Les miens étaient un peu particuliers, ne connaissaient de la musique que ce qu’on appelle « Classique » et n’envisageaient un livre qu’essentiellement écrite par un maître de la plume, pas par un soi-disant scribouilleur. Bien évidemment, étant un enfant idéal, j’ai suivi pendant longtemps les traces de mes ainés, et je ne considérais rien d’autre comme source de plaisir issue des quatrième et cinquième arts si chers à Hegel que ce qui provenait de l’héritage génétique, enfoui au plus profond de mon échelle ADN par une lente et longue sensibilisation commencée largement avant ma conception… Les autres arts que ce monsieur a retenus me dépassaient encore, et ceux qui ont depuis été ajoutés à la liste ne me parlaient pas du tout.
La révolution est venue lorsque j’ai découvert le jazz, première étape de mon émancipation familiale. Bon, je n’ai jamais été rebelle et ma crise d’adolescence a été tellement soft qu’on peut se demander si elle a bien eu lieu, mais malgré tout je ne suis pas resté purement dans le modèle tant espéré par mes géniteurs. En fait, cette révolution (si si, c’en était une…) a commencé un soir du 24 décembre 1980, grâce à ma sœur. Non, non, ne cherchez pas la petite bête, vous ne la trouverez pas. Qu’a donc fait Valérie pour provoquer ça ? Rien de grave, mais ce 24 décembre, comme beaucoup d’autres, je somatisais, et j’étais malade comme un chien. Ben non, j’aime pas Noel, et à cette époque ce sentiment était tel que je tombais directement malade, avec une vraie maladie, fièvre, douleurs diverses et variées, que les docteurs, appelés à mon chevet par mes parents, réussissaient toujours à identifier : angine rouge ou blanche, grippe, gastro, enfin pas des trucs légers pour un jeune garçon… Cette année là, j’ai réussi à être très mal dès le matin, et ayant comaté toute la journée, sous 36 couettes et avec pas loin de 41 de fièvre, j’étais dans un chouette état, un de mes records de somatisation, le soir venu. L’ennui, quand on passe toute la journée et la soirée dans cet état, c’est que quand l’état disparaît, on se retrouve d’une part perclus de crampes, et d’autre part totalement éveillé, en général très tard ou très tôt, selon le référentiel. Prévoyant cela, ma sœur avait eu la gentillesse de me prêter son radio réveil. A l’époque, pas d’Ipod, pas de PC portable, et encore moins d’internet avec ou sans fil… Si si, je vous assure, c’était comme ça avant… Et il ne s’agit pas du XVIème siècle dont je parle, mais bien de la fin du XXème…
Et donc grâce à ce radio réveil, vers 3h du matin, je suis tombé sur une émission venant d’une radio pirate (Je vous parle d’un temps que les moins de 40 (oups…) ans ne peuvent pas connaître, celui d’avant François, ou les ondes n’étaient pas comme les femmes de cette époque, pas libérées du tout), qui diffusait, enfin rediffusait « Jazz in Paris », émission radiophonique que je n’ai pas eu la chance d’écouter en direct, mais qui avait pour initiateur le Pataphysicien lui même, et pour but la découverte du « jase franchouillard » à l’oncle d’Amérique. « Sans le jazz la vie serait une erreur » avait-il coutume de dire, et ses propos ainsi que la musique qui les illustrait, ont été pour moi une révélation. Non, pas que ma vie était jusque là une erreur (quoi que…) mais que cette musique était d’inspiration éclairée, tout autant voire plus que la « Grande Musique » car plus humaine. De révélation à révolution il n’y a qu’un pas et deux voyelles, mais étant avant tout quelqu’un de réfléchi, j’ai transformé ma révolution en une chose chère à Darwin, une évolution. Qu’est ce que l’évolution ? C’est prendre le meilleur d’un héritage et s’ouvrir à de nouvelles idées. J’ai donc gardé la musique classique, bien sur, et je l’ai toujours, et j’y ai ajouté le jazz. La victime suivante de cette évolution Euterpienne a été logiquement le cinquième art, qui a son tour a connu une évolution Eratique (non, ce n’est pas une coquille, j’ai bien mis volontairement un seul R…) et j’ai découvert non plus la musique mais les écrits de ce monsieur, et plongé avec tout d’abord une incompréhension assez grande, puis avec un émerveillement et une soif d’en lire plus dans les écrit de Honoré Balzac, du Baron Visi, du Bison Ravi, et de nombreux autres, j’avais le choix…

L’évolution était en route, mais le produit de ladite évolution était déjà, toujours et encore pas très en phase avec son temps… Darwin l’a dit, l’évolution produit parfois des phénomènes non logiques, mais la nature est bien faite, ces phénomènes ne se reproduisent pas. Flute, je ne suis pas darwiniste, car je me reproduis, salut les ptits clous… Bon pas grave, ces erreurs ne dureront pas, et le bon Docteur Schutz fera tout pour y remédier. Non, ça ne se fera pas, et Rock va venir tout remettre en ordre ? Bon alors tant mieux…
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