Mais si cette dure loi s’applique de façon légitime dans le monde merveilleux des animaux, et si on peut l’animer avec Vangelis et son « Apocalypse des Animaux », normalement elle se limite à cet univers, et ne touche pas trop le notre. Bon d’accord, cela peut concerner aussi quelques tribus primitives qu’on trouve encore … dans la jungle justement, mais normalement pas trop dans nos sociétés policées et sensément éduquées. Au boulot par exemple, on a même des sessions d’info et de formation comportementalistes, sur ce qui s’appelle le « SBC » (à ne pas confondre avec le NBC mortel (Nucléaire – bactériologique – chimique. ndla)), le Standard of Business Conduct. Ne pas le respecter peut entrainer des sanctions, allant même jusqu’au licenciement pour faute grave… Dedans, on trouve des trucs comme le respect des différences de sexe, d’ethnie, de religion, mais aussi comme l’acceptation et l’offrande de cadeaux, les pots de vin, l’extorsion d’informations, j’en passe et des meilleures.
Avec de tels garde-fous, on peut penser qu’il ne va pas y avoir de cannibales dans la maison, et que si on veut ou doit se payer un gueuleton, ce ne sera pas au détriment de ses petits collègues, mais uniquement de celui de ses concurrents, et encore, avec couverts, serviette et savoir vivre, le petit doigt en l’air.
Au cours de mon existence et mon appartenance à la maison des fous, j’ai vu de nombreuses fois se produire des rapprochements de services, réorganisations et autres fusions d’entreprises. Ca a commencé très peu de temps après mon hospitalisation thérapeutique, dans l’asile irlandais à l’époque, ou les bleus se moquaient des scripts des rouges, et les rouges de l’absence des bleus en matière soft (oui on ne donnait pas le nom de l’entreprise, mais la couleur des logos…). Transféré dans l’antenne française de l’asile, j’ai retrouvé la même chose, mais avec des argumentaires différents, parlant plus de qualité de produits et de modèles de vente (hé oui, ça devient moins primaire, plus réfléchi, plus construit…). Mais au final, c’était la même chose, il y avait les avaleurs et les gobés, qui n’étaient pas toujours les mêmes que les acheteurs et les achetés. En effet, il fallait prendre l’effet « nombre » en ligne de compte : une boite de 280 personnes qui doit intégrer une boite de 2500 personnes, la dilution fait qu’il est dur au petit de ne pas se sentir légèrement envahi par le grand, même si, dans les faits, c’est bien David qui s’est payé Goliath…
Mais en termes opérationnels, l’ennui est qu’entre avaleurs et avalés, il y a souvent plus de soucis qu’en termes financiers. En effet, financièrement, dès qu’on a remappé les flux financiers et changé les reporting lines, logiquement l’affaire est bouclée. Il reste a régler le problème de redondance de management, mais c’est un petit problème : les petits managers sont remerciés et si tout va bien reconduits à la porte, sinon poussés vers la fenêtre, les grands se cassent d’eux-mêmes, mais avec des golden parachutes nettement plus agréables…
Ce qui est valable dans le cas d’une fusion-acquisition, quelle qu’en soit sa forme est tout aussi possible dans le cas d’une réorganisation (non non, je n’ai jamais voulu écrire désorganisation) entre services d’une même entreprise. En ce moment, chez les fous, « on » a décidé de mélanger des torchons et des serviettes, et d’appeler cela de la haute couture. En effet, il faut tout retailler, on s’en doute, et on a besoin de plein de petites mains, mais aussi d’un grand couturier, ou plutôt d’un grand architecte (pas de l’Univers, Hiram peut rester se reposer…). Aux niveaux premiers sus-mentionnés, les flux financiers et le management, cela n’aura pas pris trop de temps, quelques mois seulement. Mais bien sur personne ne s’est posé la question de l’opérationnel, c’est trivial ça, l’opérationnel. En gros, pour définir ce qu’est l’opérationnel, c’est la graisse dans les rouages. Et dans une voiture qui doit avoir un rendement important, si la graisse est pas là, le moteur serre, et tout s’arrête. Mais bien sur, lorsqu’on regarde la carrosserie ou la sellerie, on ne se pose pas la question de savoir si oui ou non il y assez de graisse dans les rouages, la graisse, ça salit, on préfère la laisser sous le capot, comme ça on fera comme si elle n’existait pas… Politique très Vuennoise (oui je sais, celle là faut l’oser : si Vienne est la capitale de l’Autriche, qui est la capitale de l’autruche ? ) vous en conviendrez facilement, enfin je l’espère, mais politique ultra classique…

Mais hélas, moi mon boulot c’est graisseur… Et si on ne me laisse pas graisser, ça coince. Et dans le cadre de cette réorganisation, on ne veut pas me laisser graisser : l’avaleur considère que l’avalé est quantité négligeable, et donc doit se plier en quatre de façons à ne pas accrocher en passant au travers de la gorge de l’avalant, et le gobé considère que les gouts culinaires de l’avalé sont tels que s’il est prêt à se laisser gober, il tient tout de même à choisir à quelle sauce, et avec quels couverts.
Et moi au milieu, avec ma bouteille d’huile, je me demande bien ce que je fais ici… Et à dire vrai, comme je n’ai pas de réponse satisfaisante à me fournir, je vais aller voir ailleurs si j’y suis, et si ça se trouve et je m’y trouve, je vais en parler avec moi-même dans un débat contradictoire visiblement très mouvementé qui je l’espère aboutira sur une décision que je partagerai en toute honnêteté et communion d’esprit avec moi même…
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire