1.2.11

toute expérience est bonne à prendre

Aujourd’hui, je viens de passer un nouveau cap dans mon expérience de jeune (en expérience, pas en âge…) manager : réunion avec ma RH au sujet d’une contestation de note d’une de mes employées. La note, dans l’asile, c’est essentiel, car ça règle tout : ça règle l’attribution d’un bonus, les augmentations de salaire, les promotions, mais aussi la mobilité interne, et je suis sur que ça a d’autres effets et conséquences que j’ignore encore.

En ce qui me concerne, depuis pas mal d’années déjà, j’ai passé pas mal de revues de performances, avec tout un tas de managers (en moyenne je change de patron tous les 18 mois...), et j’ai eu des remarques diverses, mais même si je n’ai pas toujours été d’accord, je n’ai jamais contesté ma note. Tout d’abord car je n‘en voyais pas l’intérêt (la potentialité de succès étant malgré tout très faible), et ensuite car j’osais espérer que sur du long terme quelqu’un saurait reconnaître ma valeur. Oui, je sais, optimiste je suis, optimiste je reste… Mais il semblerait que je n’ai pas eu totalement tort de penser et agir ainsi, puisque ma courbe d’évolution à nouveau se courbe vers le haut, depuis quelques temps… Reste à voir si je vais franchir le prochain tournant, dans quel état au départ, et dans quel état a l’arrivée…

Mais donc, première réunion pour bibi avec les RH, il faut dire que jusqu’à il y a peu, j’étais quantité insignifiante dans l’asile, étant et bénéficiant tout à la fois d’une toute petite cellule, bien isolée mais pas trop capitonnée. Je ne vais pas refaire le coup de « une fois rien… trois fois rien », ça ne serait même pas du réchauffé, n’ayant pas eu le temps de refroidir. Mais bon j’ai, j’ose le prétendre, maintenant un peu plus d’existence, un peu plus de présence que rien, sans pour autant être une quantité définissable et facilement quantifiable au sein de la maison des fous…

Je ne vais pas parler du bilan de cette réunion, cela ne regarde que ladite RH et mon employée, mais la réunion a tout de même eu différents mérites, dont le fait que j’ai trouvé une dimension humaine à ma RH, et ça c’est une première depuis un paquet d’années… Mon dernier contact réel avec une RH date de … la vache ! de 11 ans : en 2000, passant de l’état numérique à celui de compatible de qualité, j’avais du suivre une formation délivrée à tous les nouveaux employés, et le roi du compatible de qualité ne voyait pas en l’ancien numérique que j’étais autre chose qu’un nouvel employé. Je suis donc allé me faire endoctriner pendant une journée, à Boulogne, et à cette occasion j’ai rencontré celle qui était normalement ma RH. Et oui, à cette époque, les RH de base n’étaient pas encore en Pologne, mais on pouvait même les croiser la cafet…

Mais la (charmante) jeune demoiselle ne condescendait à prendre en compte le dossier d’un individu que s’il avait le statut de directeur ! Autant dire que je n’avais aucune chance de pouvoir prétendre à être ne serait ce qu’une fois rien… J’étais même pire que le vide, le vide, même si on ne peut le voir, ni le mesurer (enfin moi je ne peux), on le connait, on peut même le définir. J’étais la non existence personnifiée, si c’était possible… Et en effet mon petit dossier n’a jamais eu l’once du début du commencement de l’origine de prise en compte… Et là, j’ai rencontré une RH qui a l’air de prendre en compte la dimension humaine… On verra bien dans les faits ce que ça va donner, la suite au prochain épisode.

Afin de préparer au mieux la réunion susmentionnée, je me suis livré à un petit sondage, auprès des clients internes de ladite employée, sondage dont les résultats ont été transmis à la RH dont au sujet de laquelle je viens de causer. On a parlé un peu des résultats, du pool de gens sollicités, du nombre de réponses reçues, and so on. La non plus, je ne vais pas m’étendre, pour les mêmes raisons qu’évoqué précédemment.

En revanche, y’a une chose dont je peux parler, et qui est liée à ce sondage : dans le service dont je proviens, il était de règle d’utiliser ce moyen pour permettre au manager d’avoir un aperçu de la satisfaction générée par son employé. Les feedbacks sont exprimés via un fichier Excel, facile à compiler, et permettent d’avoir une assez bonne vision, mais pas toujours celle qu’on attend. Bon, je ne parle pas de ce que je peux recevoir sur mon équipe, mais comme je le disais, ces demandes sont faites pour tout le monde, et bien évidemment mon précédent manager a fait la même chose avec moi, m’a demandé une liste de noms, et a sollicité ces personnes. L’objectif est bien sur de comparer la vision de mes clients avec celle de mon patron, ce qui lui permet de me donner une note, qui va conséquencer sur le bonus, l’augm… ah, vous êtes déjà au courant, c’est pareil chez vous peut être ? Et bien sur, lors de la revue de performance, le manager revient sur les grandes lignes des réponses, afin de dégager quelques « best practices » mais aussi des points d’amélioration.

Ma dernière revue de performance, je n’en avais pas grand-chose à faire car celui que me jugeait n’était pas celui qui me manageait, et les objectifs que je vais avoir cette année seront donc donnés par quelqu’un qui me découvre, qui n’a pas les mêmes priorités, et dont les valeurs diffèrent grandement de mon précédent patron. Passer d’un hollandais réparateur de montres mécaniques à un californien qui se détend en créant des logiciels, c’est pas ce qu’il y a de plus simple pour comparer.

En revanche, les feedbacks reçus restent des feedbacks reçus, et ceux la je les prends pour argent comptant, tentant d’en tirer le meilleur pour voir ce que je dois améliorer. C’est intéressant car dans mon cas, les personnes sollicitées sont tout autant mes clients que mes employés, et si on sait lire entre les lignes, même si la transmission qui en est faite est nettoyée de tout élément permettant une identification de l’émetteur, avec un peu d’expérience et de jugeote (et je crois maintenant avoir les deux) on trouve vite qui dit quoi. J’ai donc pu voir deux ou trois (non en fait bien plus) choses que je dois améliorer avec mon équipe, et m’amuser à la lecture de ce que pensent mes clients : tout d’abord, que je devrais déléguer plus, et ne pas vouloir tout faire tout seul, ensuite que je devais devenir plus « business oriented », discuter plus et me rendre plus visible des vendeurs (quelle horreur…) et surtout arrêter d’aller autant dans les détails, car ce n’est plus mon boulot, pour laisser ça à mes bras droits (en bon gaucher, j’ai deux bras droits…). C’est amusant, car en fait, ce qu’on me demande, ce qu’on me reproche, je ne peux pas dire que j’ai envie de m’y plier : si je deviens business oriented, c’est clair que les « quarters » à venir vont être encore bien moins glorieux que celui vient de s’achever; Devenir plus vendeur, ça j'ai jamais pu : je peux expliquer une fois que 1+ 2 = 3, une autre fois que 2+1 = 3, mais pas plus, et jamais je ne me sentirais a l'aise de vouloir vous faire croire que 2 + 2 = 3, alors qu'un bon vendeur est censé y arriver, j'en connais, qui feraient acheter des chauffages à bain d'huile à des habitants des Tuamotu... Si j’arrête d’aller dans les détails, je me demande bien qui va pouvoir le faire, dans mon équipe en tout cas, ils ont déjà assez de mal à faire ce que j’attends d’eux, je ne vais pas leur en demander plus. Quant au pointillisme, j’ai toujours vendu le fait que j’étais un généraliste qui voit les choses grosses mailles, mais certainement pas un expert qui se focalise sur les détails…

Comme quoi, on a raison de dire que l’essentiel, c’est de communiquer, mais il faut aussi bien valider qu’on parle la même langue, et que si je dis rose, vous n’allez pas comprendre fuchsia ou lilas, car on risque de ne plus trop être en harmonie si tout se termine en parme…

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