
Oui, je sais, ce ne sera pas le premier voyage au centre de quelque chose qui soit, et d’ailleurs certainement pas le dernier. Sans parler du plus célèbre, celui de Jules, on peut citer également des voyages au centre de la mer, de la lune, de la Chine, de la science, des organisations, du mystère, du malaise français (ou d’ailleurs) mais également d’autres qui se rapprochent sans doute plus de mon idée du soir, même si je ne les ai jamais lus, tels que le voyage au centre du cerveau, ou des émotions, de la vie, du moi, ou de soi… En fait il y a des tas de voyages possibles au centre, en haut, en bas, à gauche ou à droite de quelque chose… Il y a 735 références selon Amazon, et 11.280 selon la Fnac (publicités gratuites, rien ne vous empêche de chercher celle qui vous plaira).
Mais il est normal de penser qu’un voyage a un but, on sait bien d’ailleurs que le plus important, dans le voyage, n’est pas forcément d’arriver, mais de partir. Car tant qu’on n’est pas parti, on est sur de n’arriver nulle part, alors qu’une fois parti, même si ce n’est pas là où on espérait arriver, on arrive toujours quelque part. Et l’avantage de partir en voyage vers le centre de quoi que ce soit c’est qu’une fois qu’on a trouvé ledit quoi que ce soit, on a déjà bien limité le périmètre d’errances, et augmenté les probabilités d’arriver en son centre…
C’est encore plus simple normalement de voyager au centre de l’égo, car logiquement il s’agit de son propre égo. Il serait en effet totalement absurde de voyager vers le centre de l’égo de quelqu’un d’autre, à moins bien sur d’être psy, ou à moins de n’avoir aucun égo, et de vouloir être absorbé, englué, phagocyté par l’égo d’un autre, mais dans ce cas peu honorant, il y a peu de chance que cet autrui se laisse explorer jusqu’en son centre, au risque de voir révélées des choses qui ne vont pas flatter son égo justement. Il va préférer laisser le visiteur errer à la périphérie de son égo, pour que se perdent les détails dans l’éloignement des couches supérieures non de la face cachée de l’égo mais de la face révélée de la dimension publique.
Avoir un égo, c’est sain, c’est même normal, enfin il me semble. Mais nous ne sommes pas tous égaux en égo : certains ont un égo très restreint, et ne se reconnaitront qu’au travers de l’égo d’autrui, on aura alors de parfaits moutons, qui vont suivre aveuglément leur gourou (ah, les moutons ont un gourou ? Mais quelle est donc cette étrange secte, grand maître ? ). D’autres ont un égo surdimensionné, et se voient en maître (ah, on y revient ? De quelle secte ? ? Non, pas du tout) du monde, l’étoile qui a guidé les rois mages, la vision qui a poussé Moïse a lancer son peuple dans les chemins de l’Exode. Mais le problème est que cet égo n’est pas toujours très fiable, car il a tendance a nous donner une image du monde où tout gravite autour de nous, ou nous sommes l’axe de rotation de la terre, du système solaire, de la galaxie, que dis-je, de l’univers… Moïse a conduit les siens 40 ans dans le désert, ça fait déjà une jolie balade, il a eu de la chance qu’aucun autre n’ait un égo tel que le sien, enfin à part son frangin, car ça aurait pu être pire que 40 ans d’errance…
Mais voila, deux frères avec un égo sympa, ça donne quoi ? Ca donne une grosse colère, et hop, obligé de repartir vers le mont Sinaï demander à Dieu de refaire son boulot, et de réécrire les Tables de la Loi. Et à l’époque, pas de scanner, pas de photocopieuse, pas même de sauvegarde, il a fallu que Dieu recommence tout… Donc si ni Aaron ni Moïse n’avaient eut un tel égo, je suis sur que cette balade de 40 ans aurait été bien réduite, car il n’aurait pas fallu retourner en arrière, attendre que Dieu ait un peu de bande passante (je vois déjà le peu que j’ai, et moi je ne suis pas Lui… j’ai moins de responsabilités…) , et lui demander de refaire ce que l’homme avait défait, avant de revenir au point de départ de ce malheureux événement pour reprendre la marche dans un état qu’on pourrait qualifier de « STATU QUO ANTE BELLUM » ou ante ego crisum (pardon Père (mon prof de latin était un religieux, c’est pas si étonnant que ça quand on est un pur produit des Maristes (non j’ai pas oublié de x)…) mais ça fait très longtemps que mon latin est réduit au latin de cuisine ou de cours de justice ou ce qu’il en reste…).
Le souci est que souvent avoir un égo surdimensionné entraine irrémédiablement l’apparition de son copain et presque siamois tant ils sont indissociables, j’ai nommé ὕϐρις.

Donc si ὕϐρις n’est pas une défaillance de votre téléviseur, ni de votre ordinateur, qu’est il ? Ah, je vois que votre grec est aussi réduit que le mien. S’il était français, ὕϐρις se serait appelé Ubris, et même si vous ne le connaissez pas plus en tant que français qu’en tant que grec au moins vous pouvez mettre un nom sur ses lettres. Donc qui est monsieur Ubris ? D’abord j’ai peur que monsieur soit en fait madame, mais avec les hellènes, on a souvent des doutes, doutes qui évoluent vite en certitudes… Mais n’allez pas vous faire voir chez eux, je ne vais pas reporter à leurs calendes la suite de mes propos. Donc monsieur ou madame ὕϐρις, qu’on va simplement appeler Ubris, sans distinction de sexe, d’âge ou de race, qui est ce ? On pourrait dire que c’est l’orgueil, mais je préfère une autre définition : chez les anciens grecs, tout est question d’équilibre : la vie, toute vie doit être équilibrée, on doit avoir autant de malheur que de bonheur, ou plutôt on doit avoir une certaine dose de l’un et de l’autre en fonction de son positionnement dans la société, mais aussi de l’intimité de sa relation avec les Dieux et Déesses. Si ὕϐρις se pointe, cela veut dire qu’on veut plus que sa part des bonnes choses et moins des mauvaises, car on mérite (enfin on estime mériter) mieux que ce qu’on a. Et quelle est la réponse à ὕϐρις ? C’est pas quelqu’un de cool, croyez moi : c’est Νέμεσις … Et elle, si chacun à la sienne de Némésis, je préfère éviter d’irriter la mienne… Donc bon contrairement à la personne qui a motivé cet écrit, je vais tenter de restreindre mon égo, pour que ὕϐρις et Νέμεσις me laissent en paix, et je ne vais pas tenter de croire que l’univers entier tourne autour de moi, le pauvre, il aurait une bien petite course de révolution et la révolution ne serait certainement pas loin...…
Sur ce, que les Dieux et Déesses vous gardent et que la nuit vous soit douce...
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