23.7.11

Toute vérité n’est pas bonne à dire…

Mais ceci ne veut pas dire que tout mensonge est bon à dire, ou même qu’aucune vérité n’est bonne à dire. Cela veut juste dire, enfin selon moi, que la communication est un art subtil et délicat, qui met en cause tant d’éléments que ça n’est pas la mission la plus facile qui existe. Pour reprendre une expression d’une de mes profs de qualité (à multiple titres : elle-même avait de grandes qualités, mais elle enseignait également la

Qualité, vous savez, ce truc qui est vu comme coutant de l’argent et n’en rapportant pas directement mais qui au final fait la différence entre un client content qui reste client, et un pas content qui va voir ailleurs pour constater d’ailleurs qu’ailleurs il a les mêmes problèmes…), dans tout processus, il y a un input, un output, et au milieu un « putput ». Si on met en parallèle ceci avec la communication, on obtient :

a) Input : celui qui parle

b) Putput : la communication

c) Output : celui qui écoute

Je dirais que rien qu’avec ces 3 étapes du processus on a 8 causes possible de crash, ce qui fait pas mal, non ? Non, vous ne voyez pas lesquelles ? Réfléchissez un peu, je ne vais pas tout faire pour vous.

Imaginez un peu la complexité du tout quand on associe ce mini processus au fait que tout vérité n’est pas bonne à dire, vous comprendrez sans doute mieux pourquoi il est si dur d’échanger avec l’autre.

L’input, c’est ma vérité, mais ma vérité est elle la votre ? Rien n’est plus sûr, pour ne pas dire que tout est moins sur. Ma vérité, je la base sur mon vécu et sur mon expérience, qui sont forcément différents des vôtres.

- Rien que si je dis qu’ «on se les gèle», je suis sûr qu’on ne se comprend pas, et que j’aurais mieux fait de me taire. D’abord, qui se les gèle ? Ensuite qu’est ce qui gèle ? Puis ou ça ? Enfin, est ce au sens propre ou au sens figuré ? Il faut donc commencer à donner des éléments contextuels qui vont rendre la communication plus claire, enfin, on peut l’espérer.

- En effet, pour Klaus et Tania, cette allégation météorologique ne correspond pas du tout à leur réalité, il faut dire que chez eux la température moyenne est de 9 degrés, ils ont même déjà connu le gel en Août. Bien sûr, si je commence à fournir plus de détails dans ma phrase, ma vérité va devenir plus compréhensible pour vous. Donc dans une première étape, il faut commencer à éclaircir cette simple petite affirmation en précisant qui parle. Ma petite phrase va devenir : « pour moi François Cil ne fait pas chaud » Ah, voilà, c’est plus clair, il ne s’agit pas de vous, mais bien de moi, qui ne me suis pas transformé en bloc de glace, mais apprécierait sans doute un peu plus de chaleur.

- D’accord, on sait maintenant qui fait cette constatation, cela devrait limiter les erreurs d’interprétation. Mais cela ne suffit pas. En effet, si on ne sait pas ou je me trouve, on peut remettre en cause mon jugement, ma vérité n’en est certainement pas une. Klaus et Tania viennent du Danemark, la température serait donc très normale pour eux s’il était chez eux. Il faut donc géo-localiser mon annonce. Ma vérité devient donc : « pour moi François C, il ne fait pas chaud en France ». D’accord, ma vérité devient un peu plus explicite, vous pensez que vous allez pouvoir la comprendre et la reconnaître et l’apprécier à sa juste valeur. Mais est-ce vraiment le cas ? Je n’en suis pas convaincu. C’est grand la France, non ? Ah si, je vous le confirme : cela va de la Terre Adélie à Saint Pierre et Miquelon, et de la Polynésie Française à Wallis et Futuna. Ah oui, la France, quelque part, c’est la terre… Donc ma petite phrase a tout intérêt à devenir plus précise : « pour moi François C, il ne fait pas chaud en France métropolitaine », La, il peut sembler que ma vérité devient assez claire, assez compréhensible, je vais pouvoir l’énoncer haut et clair. Je devrais juste préciser ou en France métropolitaine, car mine de rien, l ne fait pas le même temps à Lille qu’à Nice. Donc autant être précis : « pour moi François C, il ne fait pas chaud à Chartres, France métropolitaine »

- Vous êtes sûr ? Moi non en fait. Je sais plus ou moins qui ressent cette sensation, ou cela, mais à dire vrai, je ne sais toujours pas quand. Si vous lisez ce post au mois de décembre, quand je vous dirai la température du jour, vous allez dire qu’il fait super chaud pour la saison. Allez, nouvelle précision à apporter : « pour moi François C, il ne fait pas chaud à Chartres, en France métropolitaine aujourd’hui samedi 23 juillet 2011 ».

- On sait qui pense ça ou et quand, mais pas encore ce que représente ce « pas chaud ». Allez, on en rajoute une couche : « pour moi François C, il ne fait pas chaud à Chartres, France métropolitaine aujourd’hui samedi 23 juillet 2011 avec seulement 16 degrés Celsius ».

Allez, là, on y est, je pense franchement que je peux enfin le dire, de façon assez explicite et précise : pour moi François C, il ne fait pas chaud à Chartres, France métropolitaine aujourd’hui samedi 23 juillet 2011 avec seulement 16 degrés Celsius.

Tout le monde va comprendre ça, et agréer, c’est évident…

En effet, mon input est connu, mon putput est précis, il reste donc l’output. Et l’output, au cas où vous l’auriez oublié, c’est vous, ce n’est pas moi, c’est l’autre. Enfer pour les uns, paradis pour les autres, pour moi c’est surtout l’inconnu, une source d’apprentissage et de découverte. Mais de là à pouvoir le comprendre et lui donner le bon signal, qu’il va pouvoir à son tour comprendre et assimiler sans risque de mauvaise interprétation, il y a autant de risques qu’il y en a à oser énoncer une aussi simple vérité. Et d’abord, qui s’intéresse à ce que je ressens ? J’aurais mieux fait de me taire, on aurait gagné du temps…


« J'écris autrement que je ne parle, je parle autrement que je ne pense, je pense autrement que je ne devrais penser, et ainsi jusqu'au plus profond de l'obscurité. »

F. Kafka

1 commentaires:

  1. Excellente étude.
    Etant informaticien de formation, j'adhère intégralement au traitement de l'information en 3 phases.
    J'ai bien aimé aussi la citation de Kafka, et ne manquerais pas de la réchauffer à l'occasion pour la servir à la cantonade.

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