24.11.11

La table de multiplication


Si vous avez comme moi une certaine ancienneté dans l’écoute des amuseurs, vous vous souvenez sans doute de ce sketch de Jacques Bodouin, et si tel n’est pas le cas, vous pouvez toujours vous rafraichir/enrichir la mémoire en l’écoutant à nouveau... 

Mais mon propos n’est pas de raviver de vieux souvenirs qui d’ailleurs datent d’avant ma naissance. Non, j’étais en train de me livrer à une petite réflexion sur les chaines de commandement. 

Non, je ne vais pas replonger dans mon temps sous les drapeaux, je crois en avoir déjà pas mal parlé, et même avoir montré plusieurs photos de soldat Fanfan, y’a plus rien à apprendre là-dessus. Mais alors, de quelle multiplication vais-je bien parler ? Car il est peu probable que je parle d’une table, nous sommes bien d’accord… Allez, réfléchissez un peu, je vous l’ai souvent dit, je ne vais pas vous mâcher tout le travail : multiplication, commandement, tables : ah, je vois que l’addition prend forme : une table qui présente différents niveaux de commandement, ça s’appelle ? Une « org chart » dans la langue non pas de Shakespeare mais plutôt d’un autre William, celui qui je le lui souhaite détient les clefs.

Depuis le début de semaine, je passe en effet pas mal de temps à jouer au chef, enfin à triturer l’organisation, à tenter d’influencer les hautes sphères, à penser aux augmentations de salaires et autres bonus, et à toutes les approbations nécessaires lorsqu’on sort des clous. Et sortir des clous, chez moi, c’est génétique. 

Je me faisais donc cette réflexion sur les chaines de commandement, et sur la multiplication des niveaux nécessaires, qui n’est pas proportionnelle à la taille de l’entreprise, mais connait plutôt une croissance exponentielle.

En effet, si on prend une PME, de mettons 100 personnes, on va avoir un CEO, un CFO, un CIO, et un CTO, et ça sera déjà beaucoup, certains couvrant plusieurs rôles. Si vous préférez, ce niveau C, comme nos voisins outr’atlanticards les appellent, représente les niveaux managériaux de l’entreprise : le président, le financier, l’informaticien, le fabriquant. Donc pour 100 personnes dans l’entreprise, on a 4 cadres, les autres produisent
Je sais, c’est une vision simpliste, mais ce n’est pas loin d’être la réalité. Une des imprécisions est qu’en général ces cadres produisent également
Puisque je suis dans la simplification, je vais continuer : en gros, on a 1 chef pour 25 employés. Dans la maison des fous, ce n’est pas le cas, on doit avoir 1 chef pour au moins 8 et au plus 24 contributeurs individuels. On va donc moyenner cela à 1 emplumé pour 15 indiens en moyenne. Et déjà sur cette figure, on est plus lourdement emplumé que la PME de référence, puisque pour toujours 100 personnes, il va nous falloir 6 « C level ». Hélas si cela était aussi simple, cela irait presque.

Mais  non, la table de multiplication agit et on se retrouve avec : 
  • 1.000 indiens nécessitent 60 chefs qui eux même doivent avoir 4 grands chefs
  • 10.000 indiens génèrent 600 chefs qui ont besoin de 40 grands grands chefs qui requièrent 3 très grands chefs
  • 100.000 indiens nécessitent un continent, non, c’est pas ça, mais 6000 chefs qui ont besoin de  400 grands grands chefs qui requièrent 26 très grands chefs qui ne peuvent vivre sans 2 immenses chefs
  • 320.000 indiens ne peuvent travailler sans 19.200 chefs qui ont besoin de 1.280 grands grands chefs qui requièrent 86 très grands chefs qui ne peuvent vivre sans 5 immenses chefs qu’on appelle le Comité de Direction


Donc si, toujours dans ma vision simpliste, dans la PME on a 96% de gens qui produisent pour seulement 4% de non productifs, pardon, de managers, dans la maison des fous, sur le même tableau, on n’a plus que 93% de gens qui produisent, 7% qui encadrent. Bon, ça veut donc dire que la perte est réduite*, mais dans le tableau, on oublie tous les autres niveaux qu’il faut ajouter, les assistants et assistantes de ces grands grands, très grands, ou immenses chefs, mais aussi tous les personnels administratifs, toutes les fonctions de support qui deviennent un mal nécessaire en raison de la taille même de la maison des fous : Services financiers, ressources humaines, logistique, achats, and so on…

Bon mon étude est tout d’abord pessimiste, moi je suis au niveau 5 de management, alors que mon modèle n’en prévoit que 4. Mais si on garde les mêmes règles de multiplication, on a donc des tous petits managers comme moi qui doivent être au nombre estimatif de 288.000 et là on arrive franchement à un truc superbe puisqu’avec cette même règle mathématique, on a : 288.000+19.200+1.280+86+5 = 308.571 plus ou moins emplumés auxquels il faut ajouter les assistant/es susmentionnés, qui existent dès le niveau 3 , soit (5 + 86+1.280) 1371 assistant/es qui auront besoin de 92 chef assistant/es qui devront recourir à 6 chefs chef assistant/es  soit un total d’assistants de 1.469

Au final, on a  310.040 personnes servant à l’encadrement 9.960 indiens. Ah là, j’avoue, on est loin de la même productivité, on serait même à l’inverse, avec seulement 3% d’actifs… 

Bon heureusement, ceci n’est qu’une réflexion non fondée, basée sur des critères non réalistes, il y a nettement plus d’emplumés dans la maison des fous… Mais non :p

Malgré cette petite extrémisation avec l’ajout du 5ième niveau, il n’empêche qu’il y a beaucoup d’emplumés dans cette tribu et si on se contente de réfléchir à 4 niveaux de management, considérant que les niveaux suivant encadrent mais aussi produisent, et si on ajoute toutes les fonctions de support qui s’ajoutent de fait à une grande structure, on arrive tout de même à nettement moins de productivité dans une grande, une énorme structure que dans une petite, moins de réactivité, moins de flexibilité.

Et si ma table de multiplication peut sans doute aucun s’appliquer pour la productivité, elle est tout aussi efficace sur l’anti productivité, sur le manque de flexibilité, de réactivité, ou de réponse aux contraintes du marché…

Mais n’allez pas me faire dire ce que je ne dis pas, ni même ne pense : à voir ce que traversent mes amis dans de plus petites structures, je me dis que l’herbe est pas mal verte dans mon jardin… Verte, juteuse et goûteuse, et finalement je ne suis pas le plus à plaindre… Et sur ce, je retourne jouer au chef, j’ai encore un peu d’argent à distribuer pour les bons indiens…

* ndlr : doubler la perte de productivité n'est pas spécialement ce qu'on peut appeler "réduit", mais si l'auteur le pense, grand bien lui fasse, nous espérons juste qu'il ne sera jamais plus haut que "petit manager", sinon ça craint grave...

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire