Ce matin j’ai
croisé mon escalier. Il m’a parlé de marche à pied. Il m’aurait parlé de saut à
l’élastique, c’est clair, je n’aurais pas fait les mêmes pieds, et encore moins
la même tête. Mais pour autant, je l’ai écouté, et je suis monté en haut de ses
marches, à pied. Et ce n’est pas pour autant qu’arrivé en haut il m’a regardé d’en
bas ni moi lui de haut. Je dirais même plus, une fois en haut, nous nous sommes
royalement ignorés, la marche du temps différant tant de la marche de l’escalier,
que si rien n’arrête la première, rien ne fait bouger la seconde, à moins qu’elle n’appartienne à un escalator.
Une fois en haut,
je me suis dit que j’aurais été mieux en bas, mais il était trop tard, la page
de la marche était tournée. Je n’étais d’ailleurs pas si haut, puisqu’une fois arrivé
j’ai constaté que je n’étais pas même au milieu, ayant devant les yeux le sol
du jardin et non la cime des arbres… Aurais-je tant rapetissé que cela durant
la nuit ? Afin d’en avoir le cœur net, je me suis dit qu’il étant temps de
m’assoir devant un bon expresso, moi qui ne me sentais ni pressé comme les
grains de café, ni même serré comme le ptit noir que j’allais ingérer. Mais
assis c’était pire que debout, j’étais encore plus proche du sol et moins du
soleil, que d’ailleurs on ne pouvait voir, il est raisonnable lui, et cette heure de la nuit, il dormait encore, j’aurais
mieux fait de copier sur lui plutôt que me laisser influencer par mon radio-réveil...
Une fois versé
sans en renversé, j’ai donc bu mon café dans le calme relatif de trois ptits
clous qui étaient apparus sans mon aval, passant de l’amont au milieu sans manquer une marche, et s’arrêtant
avant l’aval au sein duquel reposait encore leur mère, ce qui est nettement
moins dérangeant qu’une mer à l’aval de sa progéniture… A moins de marcher sur
la tête, comment peut on imaginer que d’une mer coule un fleuve qui se
transforme en rivière, avant d’être un ruisseau qui s’en ira finir en ru mais
sans pour autant partir en crue sauvage, que ce soit à Laval ou bien à Mons.
Lorsque les trois
ptits clous – aux cris aussi perçants que peuvent l’être d’autres clous pour
une planche de contre-plaqué – ont eu le
ventre rempli, il a été temps de remonter pour redescendre, afin de les
préparer à leurs plannings respectifs :
pas de jaloux, chacun le sien, et seulement deux parents pour jouer a la
multiplication non pas des pains, je suis contre la violence inutile, et même s’ils
sont énervants, nos ptits clous ne méritent pas ça, mais des bras, des jambes,
enfin de tout ce qui peut pointer un clou dans la bonne direction et au bon
moment pour qu’il n’y ait pas d’accroc mon petit Paul, surtout vu l’état d’Hélène
et de son bas de laine, qu’elle aurait mieux fait de repriser, plutôt que sa
tapisserie(oui je sais, celle la est vache, fallait l’oser c’est vendredi, j’ai
des circonstances exténuantes…).
En repartant, j’ai
encore croisé le même escalier, à moins que cela n’ai été son frère jumeau, qui
m’a indiqué la marche à suivre, ainsi que toutes les suivantes, pour arriver en
aval du lit que j’aurais mieux fait de ne pas quitter, au risque de craindre une chute qui n’aurait
pas manqué de jeter tout le monde au bas des marches, en plus ou moins bon
ordre groupé…
Mais les
indications de mon escalier ou de son frère étaient d’une précision suffisante
pour que je les suive sans sauter une étape, ni même une marche, marches que
j’ai toutes franchies allègrement, sans en louper une, sans tomber, sans même
trébucher.
Pourtant, une fois en bas, je n’étais pas plus avancé, puisque
je me retrouvais à mon point de départ, ni plus haut, ni plus bas, avec juste
un peu plus de café dans le ventre, un peu moins de calme dans la tête, beaucoup
moins de silence entre les oreilles et beaucoup plus de choses à faire qu’avant
d’avoir quitté mon lit…
Moralité, avant d’aller
discuter avec un escalier, pensez bien à ce que cela risque d’entraîner comme
conséquences, cela n’est pas aussi anodin qu’il n’y parait…


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