12.12.11

Coup de mou...


Y ‘a des fois où, avec la meilleure volonté du monde, on n’arrive pas à faire démarrer la machine… Plus de batterie, allumeur grillé, bougies encrassées, carburateur rempli de sable, je ne parle pas de l’état des soupapes, quant au joint de culasse, cela fait longtemps que c’est un souvenir… On peut pousser, tirer, pester, râler, prendre le ciel  témoin, rien n’y fait, cela ne peut pas démarrer…

Ce n’est pourtant pas une question d’envie, mais juste de possible. Et quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, quand il ne s’agit pas de mécanique, mais d’humain, on a beau avoir une mécanique, enfin une « humanique » (je ne vais pas parler l’humanité, cela serait un bien grand mot, et peu de gens peuvent se targuer d’en avoir une, quant à en avoir plusieurs*, même si les diplômes foisonnent, je n’en trouve pas souvent l’once du commencement de l’origine de l’essence) en bon état, sans la volonté, nul ne peut démarrer. 

Coup de mou, coup de calcaire, coup de spleen ou coup de blues, quoi qu’il en soit, y’a bien eu coup, coup qui fait mal, c’est certainement la raison de cette panne d’essence, de cette panne de sens, qui n’incite pas à commencer à bosser, à être productif, à fonctionner, à construire.

Bon, cela ne veut pas dire que je n’ai rien fait de ma journée, loin s’en faut, bien sur. Bien au contraire même, les enfants présents ou non n’ont pas été un souci, je n’ai même pas eu beaucoup  sortir pour faire ma balade à l’école, rien ou peu n’a perturbé mon agenda de bon petit travailleur. Et oui j’ai fait des choses, plein de choses : pensez, j’ai commencé la journée avec 156 mails en attente de traitement, et je l’ai terminée bien plus tard avec seulement 26 qui attendent que je me penche sur eux pour décider du traitement qui les attend : classement sans suite, réponse, transmission. Donc en effet, je ne suis pas resté les deux pieds dans le même sabot, ou plutôt les deux mains dans la même moufle !

Mais pour autant, ce que j’ai fait n’a pas été fait avec entrain, avec plaisir, avec bon humeur, seulement parce que cela devait être fait. J’ai joué au c.. envers plusieurs personnes, refusant de les comprendre ou de les aider, me cachant derrière le process, derrière les règles, plutôt que de faire comme d’habitude, de mon mieux pour aider les choses et les gens.

Non, aujourd’hui n’a pas été une journée que je qualifierais des plus fun, des plus réjouissantes. C’est en soi démoralisant, surtout quand on sait que ladite journée a fait grosso modo 12h, avec des poses bien sur, mais a malgré tout bien entamé la journée.

Y’a eu des coups donc, coups qui font mal, coups qui poussent soit à partir loin, soit à les rendre, et j’ai fait les deux, pas toujours de façon justifiée, équilibrée ou raisonnable, mais je l’ai « bien » fait. Mais même ces coups rendus ne m’ont pas permis de redémarrer, ou ne m’ont pas fait fonctionner de façon positive ou sereine, ne m’ont apporté aucune réelle satisfaction, et n’ont pas nettoyé l’encrassement général. 

Bien sur, ces coups ne portent que sur l’univers professionnel, mais quand on y consacre plus de la moitié de sa journée, la part restant à la vie perso est si réduite qu’elle a du mal à compenser,  rééquilibrer le fléau de Roberval, ou permettre à l’ « humanique » de fonctionner de façon harmonieuse. 

Je crois bien que ma petite femme a bien raison, et qu’il est grand temps que je pose des vacances, pas très longues certes, mais autant que faire se peut sans interruption pour un call immanquable, une réunion incontournable, ou un meeting où je suis le seul à pouvoir sauver le Titanic en morcelant son iceberg pour l’utiliser en glaçons dans mon shaker fétiche afin d’en faire un cocktail à tomber par terre… Il faut dire que depuis un an en termes de vacances, je crois avoir posé une semaine a Noel dernier, une semaine en février, dix jours en Aout, un jour ou deux par ci par là, mais pas plus… Et à chaque fois avec assez d’interruptions liées au boulot pour que cela ait été au final du quasi non stop.

OK, je ne suis pas un travailleur de fond, mon boulot n’est pas physiquement pénible, mais l je crois que la pose s’impose, pour reprendre une formule chère à nos sociétés autoroutières… Et si je ne prends pas des mesures radicales,  je m’« prépares des nuits blanches... des migraines... des "nervous breakdown", comme on dit de nos jours » (pour les celles et ceusses qui n'eussiont point resitué, cela provient des "tontons flingueurs")

*  les « humaniores litterae », chères à mon illustre homonyme François ou tous ses sujets de la Renaissance, étaient ces lettres qui rendent plus humain, expression qu’on utilisait il n’y a pas si longtemps encore, je me souviens d’avoir entendu mon père parler de ses humanités, ce qui correspondait à ses études de latin et de grec, seules éléments qui peuvent élever l’âme et l’être humain, ou du moins lui donner cette qualité d’humain que lui attribuait le Moyen Âge.

9.12.11

La marche à suivre... ou pas



Ce matin j’ai croisé mon escalier. Il m’a parlé de marche à pied. Il m’aurait parlé de saut à l’élastique, c’est clair, je n’aurais pas fait les mêmes pieds, et encore moins la même tête. Mais pour autant, je l’ai écouté, et je suis monté en haut de ses marches, à pied. Et ce n’est pas pour autant qu’arrivé en haut il m’a regardé d’en bas ni moi lui de haut. Je dirais même plus, une fois en haut, nous nous sommes royalement ignorés, la marche du temps différant tant de la marche de l’escalier, que si rien n’arrête la première, rien ne fait bouger la seconde, à moins qu’elle n’appartienne à un escalator.


Une fois en haut, je me suis dit que j’aurais été mieux en bas, mais il était trop tard, la page de la marche était tournée. Je n’étais d’ailleurs pas si haut, puisqu’une fois arrivé j’ai constaté que je n’étais pas même au milieu, ayant devant les yeux le sol du jardin et non la cime des arbres… Aurais-je tant rapetissé que cela durant la nuit ? Afin d’en avoir le cœur net, je me suis dit qu’il étant temps de m’assoir devant un bon expresso, moi qui ne me sentais ni pressé comme les grains de café, ni même serré comme le ptit noir que j’allais ingérer. Mais assis c’était pire que debout, j’étais encore plus proche du sol et moins du soleil, que d’ailleurs on ne pouvait voir, il est raisonnable lui, et  cette heure de la nuit, il dormait encore, j’aurais mieux fait de copier sur lui plutôt que me laisser influencer par mon radio-réveil...

Une fois versé sans en renversé, j’ai donc bu mon café dans le calme relatif de trois ptits clous qui étaient apparus sans mon aval, passant de l’amont  au milieu sans manquer une marche, et s’arrêtant avant l’aval au sein duquel reposait encore leur mère, ce qui est nettement moins dérangeant qu’une mer à l’aval de sa progéniture… A moins de marcher sur la tête, comment peut on imaginer que d’une mer coule un fleuve qui se transforme en rivière, avant d’être un ruisseau qui s’en ira finir en ru mais sans pour autant partir en crue sauvage, que ce soit à Laval ou bien à Mons.

Lorsque les trois ptits clous – aux cris aussi perçants que peuvent l’être d’autres clous pour une planche de contre-plaqué –  ont eu le ventre rempli, il a été temps de remonter pour redescendre, afin de les préparer  à leurs plannings respectifs : pas de jaloux, chacun le sien, et seulement deux parents pour jouer a la multiplication non pas des pains, je suis contre la violence inutile, et même s’ils sont énervants, nos ptits clous ne méritent pas ça, mais des bras, des jambes, enfin de tout ce qui peut pointer un clou dans la bonne direction et au bon moment pour qu’il n’y ait pas d’accroc mon petit Paul, surtout vu l’état d’Hélène et de son bas de laine, qu’elle aurait mieux fait de repriser, plutôt que sa tapisserie(oui je sais, celle la est vache, fallait l’oser c’est vendredi, j’ai des circonstances exténuantes…).

En repartant, j’ai encore croisé le même escalier, à moins que cela n’ai été son frère jumeau, qui m’a indiqué la marche à suivre, ainsi que toutes les suivantes, pour arriver en aval du lit que j’aurais mieux fait de ne pas  quitter, au risque de craindre une chute qui n’aurait pas manqué de jeter tout le monde au bas des marches, en plus ou moins bon ordre groupé…

Mais les indications de mon escalier ou de son frère étaient d’une précision suffisante pour que je les suive sans sauter une étape, ni même une marche, marches que j’ai toutes franchies allègrement, sans en louper une, sans tomber, sans même trébucher.

Pourtant,  une fois en bas, je n’étais pas plus avancé, puisque je me retrouvais à mon point de départ, ni plus haut, ni plus bas, avec juste un peu plus de café dans le ventre, un peu moins de calme dans la tête, beaucoup moins de silence entre les oreilles et beaucoup plus de choses à faire qu’avant d’avoir quitté mon lit…


Moralité, avant d’aller discuter avec un escalier, pensez bien à ce que cela risque d’entraîner comme conséquences, cela n’est pas aussi anodin qu’il n’y parait…