L’avantage, à avoir choppé une bonne grippe, c’est qu’on passe son temps au lit, tout le temps qu’on peut : ainsi, sur les dernières 72h, j’ai du en passer 40 au lit… Bon d’accord, ce ne sont pas forcément les 40 plus agréables heures qu’on puisse imaginer, mais elles ont atteint leurs buts : elles ont non seulement permis de surmonter la crise, mais aussi de tenter de me reposer. Il faut dire que lorsqu’on est cloué avec presque 40 de fièvre, mal dans toutes les articulations, et la tête qui va exploser, il n’y a pas grand-chose d’autre qu’on puisse faire.
Comme c’était mon cas, je me suis donc livré à cette activité normalement fort agréable qui consiste a rester dans son lit à attendre de pouvoir faire autre chose, une bouteille d’eau a côté de moi, et un lit trempé, à croire que mon matelas d’eau avait crevé… Mais non, nous n’avons pas encore changé de matelas, et même quand on le fera, ce ne sera pas pour ce type de produit, madame arguant encore du fait que de par la différence de poids si pour moi la couche d’eau a la douceur d’une couche d’eau, pour elle, cela ressemble plus a du béton, et le béton, ce n’est pas terrible pour dormir dessus.
Et que fait-on normalement quand on est allongé a ne rien faire ? Ben la logique veut qu’on savoure, on se relaxe, on réfléchit, on se pose, on se projette, on projette, on imagine, on analyse, on compare, on fait un bilan, enfin on se livre a un travail mental ou intellectuel que la non activité physique facilite grandement. Et avec 40 degrés de fièvre, ou presque, l’idée même d’activité physique est impossible à idéaliser, je n’ose imaginer ce que ça peut être que de la conceptualiser, dans l’idée même de la réaliser… Et l’idée de réaliser une idée d’activité physique, c’est idéalement idéal peut être, mais réalistement irréaliste.
Je me suis donc retrouvé pendant 40 heures en tant que légume dans un bain d’eau, situation peu réjouissante s’il en est, et qui me confirme que je ne tien pas du tout à me réincarner en légume à fondue chinoise dans ma future vie.
Ne pouvant donc pas me livrer à une quelconque activité nécessitant le recours au moindre muscle (pour info, même cligner des yeux ou bailler faisait un mal de chien…), j’aurais donc du me livrer aux activités mentales et intellectuelles susmentionnées, et qui, en temps normal génèrent chez moi un plaisir des plus jouissifs qu’il soit, d’autant qu’il est essentiellement égoïste et son degré de satisfaction dépendant que de mon propre jugement…
Hélas, si « la grippe vous va si bien » il n’est pas dit, bien au contraire, qu’elle va bien au cerveau et à toute activité nécessitant un recours à celui-ci. Il était totalement impossible d’aligner deux pensées cohérentes de suite, au point que j’ai du me faire mettre en arrêt de travail, ce qui est un comble quand on travaille à domicile : si je ne peux pas être sur mon lieu de travail = mon lieu de vie, je ne peux donc naturellement pas être sur mon lieu de vie = mon lieu de travail… Aurais-je du aller à l’hôtel ? Ça aurait sans doute été plus reposant, je l’avoue… Car le point essentiel que je n’ai pas évoqué jusqu’à présent est que ma situation au regard de la grippe n’était pas monopolistique, madame a atteint toute la boîte à clous : Ralph et Gabou en début de semaine, qui en sortent à peine, Mape vendredi, qui n’est franchement pas brillante aujourd’hui, et finalement Pierrot Lapin qui se réveille gentiment ce matin avec un petit 39.2 et qui est une vraie bouillotte sur mes genoux à l’instant présent, tellement sonné par sa visiteuse que pour une fois il est calme, pour ne pas dire atone et atonique… On l’a souhaité, car c’était inhumain de le voir courir partout à 200% d’énergie quand nous on était difficilement a 1%... Comme dirait l’autre « méfiez vous de vos souhaits, ils pourraient se réaliser » Ils se sont réalisés Et je l’avoue, ne pas pouvoir le décoller d’un pouce, c’est presque aussi contraignant, même si c’est moins fatigant….
Bon c’est pas grave, moi j’en suis sorti, sans franchir le parcour grippal classique, le V pas pour Vendetta mais pour la courbe de fièvre : 2 jours hauts (ça j’ai fait) suivi par un jour bas (la rémission, que j’ai eue aussi) et s’achevant par un certain nombre de jours (1, 2, 3, 4 ou plus) hauts et enfin 2 semaines de fatigue et de toux mortelle de vieux catarrheux tuberculeux. Bon pour la fatigue, ça va, ça n’es t pas un changement ni une nouveauté, et je vais avoir une petite semaine a Sofia et une autre à Prague pour me reposer. Les quintes de toux sont bien la, je vais juste tenter de laisser mes poumons a l’intérieur et tout le reste a l’extérieur…
Donc dans l’ensemble, mis à part ces deux jours d’interruption momentanée du son et de l’image, je m’en sors pas trop mal.. Reste a remettre les autres sur pied et ça sera parfait… Mais un conseil : si vous voulez savourer vos vacances d’hiver, au ski ou ailleurs, évitez la boite à clous pour le moment…
Et pour ceux qui n’auraient pas cliqué sur le lien proposé, voici les paroles de cette chanson si encourageante sur la Grippe, merci Boris Vian …
« La grippe vous va très bien
M'a dit mon amant ce soir
Ça vous donne un joli teint
Ça vous va bien mieux que le noir
Ma grippe vous va très bien.
Souffrez que je tousse un peu
Lui ai-je dit d'un air doux
Souffrez que je souffre un peu
J'ai parfois très mauvais goût
Souffrez que je souffre un peu.
Quand vous souffrez mon amie
M'a répondu mon amant
Vous ressemblez à la pluie
Je trouve ça très seyant
Quand vous souffrez mon amie.
J'ai un peu peur ai-je dit
Que les larmes me vieillissent
J'ai un peu peur aussi
Que la fièvre m'enlaidisse
J'ai un peu peur ai-je dit.
Elles vous vont comme un gant
Vous savez bien que vos larmes
Me plaisent beaucoup vraiment
Votre fièvre a bien du charme
Elles vous vont comme un gant.
Ah vraiment je suis trop maigre
Je sens que je m'affaiblis
N'avez-vous pas de vinaigre
Voyez mes bras ai-je dit
Ah vraiment je suis trop maigre.
Mais ces os vous vont très bien
M'a répondu mon amant
Ne vous inquiétez de rien
Ça vous donne un air troublant
La mort vous ira très bien »


